Prescription kiné : antalgiques et myorelaxants entrent dans la liste

Antalgiques de palier 1, myorelaxants, mucolytiques : un arrêté publié le 16 septembre ouvre leur prescription aux kinés. Conditions, remboursement, officine.

Concerne : Kinés, Pharmaciens, Médecins

Une kinésithérapeute rédige une ordonnance à son bureau, une patiente assise sur la table de soin derrière elle

En bref

  • L'arrêté du 14 septembre 2026, publié au Journal officiel du 16 septembre, porte à 58 lignes la liste des produits de santé que les kinés peuvent prescrire, contre 16 dispositifs médicaux dans celle de 2006.
  • Pour la première fois, les kinés peuvent prescrire des antalgiques de palier 1 et des myorelaxants hors formes injectables, des mucolytiques et des antiseptiques locaux hors composés iodés.
  • Les substituts nicotiniques figurent dans la nouvelle liste, mais les kinés pouvaient déjà les prescrire depuis la loi du 26 janvier 2016.
  • La prescription vise les patients du kiné, dans le cadre de sa compétence, hors produits utilisés pendant la séance et sauf indication contraire du médecin.
  • Selon Vidal, les médicaments prescrits par un kiné ne peuvent pas, à ce jour, être pris en charge par l'Assurance maladie ; la Fédération française des masseurs-kinésithérapeutes rééducateurs (FFMKR) juge nécessaire de modifier le Code de la sécurité sociale. Les substituts nicotiniques font exception, selon ameli.fr.

Ce que ça change pour vous

  • Kinés : rédigez chaque prescription sur une ordonnance datée et signée, qui identifie le patient, et limitez-vous aux produits expressément listés par l'arrêté.
  • Kinés : prévenez vos patients qu'un antalgique, un myorelaxant ou un mucolytique prescrit par vous n'est pas pris en charge à ce jour, selon Vidal et la FFMKR.
  • Pharmaciens : appuyez-vous sur l'arrêté du 14 septembre 2026, et non sur la fiche ameli.fr, qui décrit encore la liste de 2006 au 30 septembre.
  • Pharmaciens : vérifiez à la délivrance la forme du produit (pas d'injectable pour les antalgiques et myorelaxants) et l'absence de composé iodé pour les antiseptiques.

L’arrêté du 14 septembre 2026 fixant la liste des produits de santé que les masseurs-kinésithérapeutes sont autorisés à prescrire (NOR SFHH2624413A) est paru au Journal officiel du 16 septembre. Il remplace la liste de 2006. Deux semaines après sa parution, voici ce qui vaut au cabinet comme au comptoir, et ce qui reste en suspens.

Que contient la nouvelle liste ?

Le I de l’article 1er compte 58 lignes. L’arrêté du 9 janvier 2006, que l’article 2 abroge, se limitait à 16 dispositifs médicaux. Le texte ne classe pas lui-même ses lignes : Vidal y compte 47 lignes de dispositifs médicaux et 11 de médicaments et autres produits de santé.

Côté dispositifs, la liste s’ouvre au maintien à domicile (lit médicalisé et matelas à air en location, aides au transfert), à l’orthopédie (orthèses sur mesure, chaussures thérapeutiques), à la rééducation (neurostimulation électrique transcutanée, dite TENS, électrostimulation et cryocompression en location) et au respiratoire (spiromètre, chambre d’inhalation, oxymètre de pouls). Les fauteuils roulants, désormais électriques compris, ne sont prescriptibles qu’en location de moins de trois mois.

Cinq lignes visent des classes de médicaments :

  • les antalgiques de palier 1 selon la classification de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à l’exclusion des formes injectables ;
  • les myorelaxants, à l’exclusion des formes injectables ;
  • les mucolytiques ;
  • les antiseptiques locaux, hors produits à composés iodés ;
  • les substituts nicotiniques.

S’y ajoutent des produits de soin : crèmes et pansements cicatrisants, sérum physiologique isotonique en unidose, crème émolliente et hydratante à base de glycérine, paraffine et vaseline, crème ou gel hydratant et cicatrisant vaginal, crème anesthésiante. Le sérum salé hypertonique pour nébulisation n’est prescriptible que dans le cadre d’un renouvellement de prescription.

Les substituts nicotiniques sont-ils une nouveauté ?

Non. La loi du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé a ouvert leur prescription aux kinés, rappelle l’Assurance maladie. L’arrêté les inscrit dans la liste sans rien changer à ce droit. Les vraies premières sont les antalgiques de palier 1, les myorelaxants, les mucolytiques et les antiseptiques locaux, comme le souligne l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes.

Dans quelles conditions le kiné peut-il prescrire ?

La phrase d’ouverture de l’article 1er reprend mot pour mot celle de 2006, en ajoutant les médicaments. Elle pose quatre conditions : la prescription vise les patients du kiné, reste dans le cadre de sa compétence, exclut les produits et matériels utilisés pendant la séance, et vaut « sauf indication contraire du médecin ». Cette réserve figure aussi à l’article L. 4321-1 du Code de la santé publique, qui fonde l’arrêté.

L’Ordre rappelle les règles pratiques. L’ordonnance est datée, signée et identifie le patient. La prescription est justifiée par la prise en charge et seuls les produits expressément listés peuvent y figurer. Selon Vidal, elle identifie aussi le prescripteur, avec son numéro au Répertoire partagé des professionnels intervenant dans le système de santé (RPPS). Le code de déontologie interdit en outre au kiné, sauf circonstances exceptionnelles, de prescrire dans des domaines qui dépassent ses compétences (article R. 4321-113).

Ces prescriptions sont-elles remboursées ?

Pas toutes. Selon le Syndicat national des masseurs-kinésithérapeutes rééducateurs (SNMKR), cité par Vidal, les dispositifs médicaux prescrits par un kiné peuvent être pris en charge s’ils sont inscrits à la liste des produits et prestations remboursables (LPPR).

Pour les médicaments, la prise en charge n’est pas possible à ce jour, indique Vidal. La Fédération française des masseurs-kinésithérapeutes rééducateurs (FFMKR) a expliqué à Vidal qu’il faut modifier l’article R. 163-2 du Code de la sécurité sociale pour ajouter les kinés aux prescripteurs concernés. Seule exception : les substituts nicotiniques. Depuis le 1er janvier 2019, « la grande majorité » d’entre eux est remboursée à 65 % sur prescription, y compris d’un kiné, selon ameli.fr.

Qu’est-ce que ça change pour le pharmacien ?

Une ordonnance de kiné peut désormais porter un antalgique, un myorelaxant ou un mucolytique. Les points de contrôle découlent du texte : le produit figure sur la liste, sa forme n’est pas injectable pour les antalgiques et les myorelaxants, l’antiseptique n’est pas iodé, le sérum hypertonique relève d’un renouvellement. Hors substituts nicotiniques, le médicament n’est pas pris en charge à ce stade, selon Vidal.

Attention aux fiches de référence. Au 30 septembre, la page d’ameli.fr sur le droit de prescription des masseurs-kinésithérapeutes, dans l’espace pharmacien, est datée du 16 mars 2026. Elle décrit toujours les 16 dispositifs de l’arrêté de 2006, pourtant abrogé.

Qui est concerné, et comment ?

Profession Ce qui s’applique avec l’arrêté Ce qui reste en suspens
Kiné Prescription des 58 lignes, dont antalgiques de palier 1 et myorelaxants non injectables, mucolytiques, antiseptiques locaux non iodés Remboursement des médicaments prescrits
Pharmacien Délivrance sur ordonnance de kiné de tous les produits listés, médicaments compris Mise à jour de la fiche ameli.fr destinée aux officines
Médecin Possibilité de s’opposer par une « indication contraire », comme depuis 2006 Forme de cette indication, que le texte ne précise pas

Que reste-t-il à trancher ?

Reste le remboursement des médicaments prescrits par un kiné, qui suppose, selon la FFMKR, de modifier le Code de la sécurité sociale. Tant que ce n’est pas fait, la nouvelle liste élargit ce que le kiné peut prescrire, sans ouvrir de prise en charge pour les antalgiques, les myorelaxants ou les mucolytiques.

Ne ratez pas le prochain changement

Entre deux consult', le brief de la semaine : ce qui change pour votre exercice, en 5 minutes de lecture. Gratuit.

Questions fréquentes

L'arrêté cite-t-il des molécules précises ?

Non. Il vise des classes : les antalgiques de palier 1 selon la classification de l'OMS, les myorelaxants, les mucolytiques, les antiseptiques locaux et les substituts nicotiniques. Les exclusions portent sur la forme (injectable) ou la composition (produits iodés), pas sur une molécule.

Le médecin peut-il s'opposer à une prescription du kiné ?

Oui. L'arrêté, comme l'article L. 4321-1 du Code de la santé publique, n'autorise la prescription du kiné que « sauf indication contraire du médecin ». Le texte ne précise pas la forme que prend cette indication.

Un kiné peut-il se procurer des médicaments pour son cabinet ?

Un seul type : l'arrêté l'autorise à se procurer, pour son usage professionnel, des antiseptiques locaux hors produits à composés iodés. Les autres médicaments de la liste ne peuvent être prescrits qu'à ses patients.

Les mots de l'article

Sources

  1. Prescription de produits de santé par les kinésithérapeutes : une évolution historique entre en vigueur — Ordre des masseurs-kinésithérapeutes (conseil départemental de la Somme)
  2. Droit de prescription des masseurs-kinésithérapeutes — Assurance maladie (ameli.fr)
  3. Prise en charge du sevrage tabagique — Assurance maladie (ameli.fr)
  4. Kinésithérapeutes : la liste des prescriptions s'agrandit — Vidal
  5. Prescription kiné 2026 : la liste officielle des 58 produits — Physio Learning
  6. Arrêté du 14 septembre 2026 fixant la liste des produits de santé que les masseurs-kinésithérapeutes sont autorisés à prescrire — Légifrance

Une erreur ou un texte qui a évolué ? Notre politique de correction explique comment nous le signaler.